Le droit à l’éducation en péril face au sexisme

Par Alice Labro-Terrier

Le 14 septembre dernier, dans une grande majorité des collèges et lycées de France, des adolescentes se sont soulevées face au règlement vestimentaire qui favorisait le sexisme de la part des professeurs et de l’administration.

Un mouvement féministe dans le secondaire

Suite à de nombreuses plaintes sur les réseaux sociaux face aux comportements sexistes des administrations et professeurs de nombreux établissements du secondaire, les collégiennes et lycéennes ont appelé à un mouvement féministe massif. La règle était simple : venir habillée dans les vêtements de son choix, afin de lutter contre les préjugés sexistes. En effet, depuis plusieurs années, voire décennies, les vêtements féminins dans l’enceinte des établissements scolaires, sont sujet à de nombreux débats.

Des problèmes de concentration

Porter un t-shirt qui laisse apparaître un nombril, un bras, n’empêche pas, concrètement, d’étudier. Alors quel est le problème ? Pourquoi porter un short n’est pas convenable pour aller en cours ? Beaucoup parlent de possibles problèmes de concentration venant de la part des camarades de classe. Le problème est donc là. Les garçons ne peuvent pas se concentrer en cours si leurs camarades portent des vêtements jugés trop courts. Par conséquent les jeunes filles venant en cours dans une tenue considérée comme « non-convenable » peuvent se voir refuser l’entrée de leur établissement.

Le droit à l’éducation pour tou·te·s

Le fait de refuser, pour sa tenue vestimentaire, une jeune fille à l’entrée de son établissement scolaire, signifie qu’elle ne mériterait pas le même droit à l’éducation que ses camarades masculins. En effet, priver de cours les jeunes filles selon leur tenue vestimentaire constitue une entrave à leur éducation. De multiple personnalités ont critiqué ce type de raisonnement, mettant en avant l’éducation des garçons au détriment de celle des filles. C’est un processus qui légitimise des propos sexistes appartenant à la « culture du viol ». Sur les réseaux sociaux une jeune fille a fait part d’une sanction qu’elle s’est vue menacée de recevoir. Un conseil de discipline pour avoir porté une jupe. De nombreuses lycéennes se sont vues faire des remarques sexualisant leurs corps, légitimant des agressions ou harcèlements sexuels de la part de professeurs comme d’élèves. Dans de nombreux pays, et jusqu’à il y a encore peu de temps en France, l’éducation des filles n’est pas une priorité. Nous avons la chance d’avoir en France un système scolaire permettant aux femmes d’avoir une éducation similaire à celle des hommes. Du moins sur le papier, puisque des questions vestimentaires viennent remettre en question ce droit fondamental.

Un question de « bon sens »

S’en est suivi des prises de paroles venant de divers politiques. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale a, lors de sa première prise de parole à ce sujet, parlé de s’habiller « normalement ». Terme qui n’a pas de sens précis, puisqu’il faut dans ce cas expliciter la dite norme. Puis il a évoqué une tenue « républicaine ». Alors que faut-il comprendre ? Un t-shirt court est acceptable s’il est horné d’un drapeau français ? Venir en cours le sein nu et un bonnet phrygien est-ce possible ? Ou bien faut-il que Jean-Michel Blanquer valide lui-même les tenues des collégiennes et lycéennes ? Sur cette question, Élisabeth Moreno s’est positionnée. Elle ne suit pas les paroles du ministre de l’Éducation et estime qu’il faut laisser les femmes s’habiller comme elles l’entendent, notamment pour des questions d’accès à l’éducation. Serait-ce le « bon sens » évoqué par le Président de la République à ce même sujet ? Ou bien est-ce pour lui une façon de ne pas « se mouiller » tout en suivant les propos vides de sens de Jean-Michel Blanquer ? Le « bon-sens » ne devrait-il pas être d’éduquer les hommes sur les questions de sexisme afin que les femmes puissent étudier sans problème ?

En 2017, en France, le harcèlement scolaire à caractère sexuel concerne 5 à 8 % des élèves selon le service statistiques du ministère de l’éducation. Rappelons que les victimes de violences sexuelles, mineures et majeures, ne sont en aucun cas responsables des violences qu’elles subissent.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s