Kanaky-Nouvelle Calédonie: On n’arrête pas un peuple en lutte!

Par Jolan Baudoin

46,74% en faveur du « oui » et 53,26% en faveur du « non » : voici les résultats officiels du référendum qui s’est tenu ce dimanche 04 octobre en Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique Sud. Malgré une seconde victoire du « non », le « oui » progresse toujours!

Ce référendum n’est pas une grâce de la France. Il est le résultat d’un processus de décolonisation que les Indépendantistes sont parvenus à arracher par l’organisation politique et la lutte :

L’histoire de la Nouvelle-Calédonie française commence officiellement en 1853, date de la prise de possession du territoire, dans un contexte de désastre démographique. On estime ainsi que le peuple premier, le peuple Kanak, passe d’environ 400 000 individus avant l’arrivée européenne, à 40 000 seulement au début du XX siècle. La colonisation, d’abord de peuplement pénitentiaire puis libre, se construit au détriment du peuple Kanak : placé sous le régime de l’indigénat, il est finalement mis en minorité sur une terre qu’il ne possède plus.

Si les Kanak tentent à plusieurs reprises de se soulever, c’est par l’organisation politique au sein du FLNKS, le Front de Libération National Kanak et Socialiste, qu’ils parviennent à instaurer un réel rapport de force et placer la Nouvelle-Calédonie sur le chemin de l’autodétermination. Cette lutte du peuple Kanak pour la reconnaissance de leur culture et le droit d’exister en tant que nation va plonger le territoire dans un état de guerre civile de 1984 à 1988. Le statut actuel de la Nouvelle-Calédonie ainsi que le processus référendaire auquel nous assistons aujourd’hui s’inscrit directement dans les accords de paix et de décolonisation qui mettent fin à cette période de conflits (accords de Matignon Oudinot en 1988 puis de Nouméa en 1998).

Ce sont ces accords qui définissent le processus d’autodétermination des trois référendums auxquels nous assistons. Les Kanak y voient l’importance de leur identité confirmée dans les institutions du pays et leur droit à l’autodétermination est reconnu, au côté des communautés d’origines européennes, asiatiques et océaniennes implantées durablement dans le pays. Si l’indépendance est kanak en son initiative, elle sera en revanche résolument plurielle dans son accomplissement. C’était déjà ce qu’exprimait Pierre Declercq, leader indépendantiste en 1979 : « Le terme kanak ne désigne pas une ethnie ni une race. L’objectif d’une société kanak signifie la construction d’un peuple multiracial solidaire et fraternel ».

La progression du « oui » pour Kanaky-Nouvelle Calédonie témoigne d’un besoin de justice sociale :

Si ces accords sont célébrés par une large partie du camps indépendantiste, ils peinent toujours à répondre radicalement aux exigences de justice sociale de la population. La Nouvelle-Calédonie concentre 9% de la production mondiale de nickel, et avoisine un PIB par habitant de l’ordre de 30 400 euros. Il y subsiste pourtant de très fortes inégalités, souvent corrélées au passé colonial du territoire. 20% des habitants les plus aisés captent ainsi 50% des richesses produites par le pays, n’en laissant que 5% aux 20% les plus pauvres. Cette nécessité d’un partage des richesses produites est de fait une base du futur Etat socialiste de Kanaky-Nouvelle Calédonie, défendu par les indépendantistes.

Le référendum de ce dimanche 04 octobre souligne plusieurs évidences:

L’écart entre les partisans du « oui » et du « non » continue de se résorber. De l’ordre de 13,34% en 2018, il n’est maintenant que de 6,52%, soit environ d’une dizaine de millier d’électeurs.

Si les Indépendantistes continuent sur cette dynamique, notamment en parvenant à mobiliser toujours plus d’abstentionnistes qu’en 2020, il est tout à fait possible que le référendum de 2022 entérine la victoire des partisans de Kanaky-Nouvelle Calédonie.

Le clivage territorial et sociologique présent en 2018 est quant à lui toujours dominant : Les provinces des Îles et du Nord ont voté à 84,3% et 77,8% pour le « oui », alors que la province Sud, la plus riche et la plus peuplée, s’est prononcée qu’à 29.1% en faveur du « oui». La progression du vote indépendantiste au sein de cette dernière est néanmoins un signe favorable, et montre bien que les Indépendantistes parviennent à progresser timidement dans des communes où ils étaient quasiment absents il y a quelques années seulement.

La lutte ne se limite pas au cadre référendaire! 

D’ici là, il convient de continuer le rééquilibrage économique et les transferts de compétences qu’exigent cette claire progression électorale des Indépendantistes, en permettant une autonomie économique et politique toujours plus large de la Nouvelle-Calédonie, qu’elle soit française ou non. 

On aurait tort de borner la lutte indépendantiste à la fin du processus légal mettant en place des référendums successifs. L’injustice a été trop dure trop longtemps et les récentes améliorations arrivent trop tard pour que faiblisse cette revendication. Rien, aucune manoeuvre, aucune répression ne pourra plus l’empêcher d’habiter l’esprit du peuple de Kanaky-Nouvelle Calédonie, dans toute sa diversité. Comme le disait le secrétaire général du FLNKS, Jean-Marie Tjibaou: « Ne pas oublier que les Kanak sont là, ils seront toujours là, et ils vous emmerderont jusqu’à l’indépendance ! » 

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