Attaquer les droits des polonaises c’est attaquer les droits de toutes

Le jeudi 16 octobre, le tribunal constitutionnel Polonais a rendu un arrêt jugeant inconstitutionnel l’avortement dans le cas d’une « malformation grave et irréversible » du fœtus ou d’une « maladie incurable ou potentiellement mortelle ». En réaction de grandes manifestations sous le mot d’ordre de « Strajk Kobiet », ce qui signifie grève des femmes, ont débuté dans tout le pays. Ces manifestations ont été particulièrement massives dans les grandes villes comme Varsovie (jusqu’à 100 000 manifestants) ou Gdańsk.

 Depuis 1993, l’IVG n’était permise que dans 3 cas : grave malformation du fœtus, grossesse résultant d’un viol ou en cas de risque pour la santé de la femme enceinte. Or, sur les 1100 avortements légaux recensés en Pologne en 2018, 98 % concernaient la malformation du fœtus. Cette nouvelle décision, si elle était entérinée, signifierait l’abolition de fait de tout droit à l’avortement en Pologne.

Cette décision fait suite à la mobilisation des pans réactionnaires de la société polonaise, notamment incarné par les lobbys anti-IVG et par le parti au pouvoir, le PIS (Prawo i Sprawiedliwość, Droit et Justice). Parti de la droite nationaliste au pouvoir depuis 2015. Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative d’abolir totalement le droit à l’IVG. En 2016, suite à une pétition de 500 000 signatures demandant la suppression de toute exemption à l’interdiction d’avorter, une loi abrogeant toute exception à l’interdiction d’avorter, était passée en première instance. Mais face à la mobilisation massive des polonaises à travers tout le pays, notamment avec une manifestation ayant réunis plus de 100 000 personnes, le PIS avait fait volte-face et la loi avait été rejeté.

A côté du millier d’avortements légaux, pratiqués chaque année en Pologne, les associations féministes et le planning familial estiment entre 150 000 et 200 000 le nombre d’avortements clandestins pratiqués chaque année. Cela, soit en allant dans des cliniques étrangères pratiquant l’IVG, soit en ayant recours aux pilules abortives souvent sur le marché noir. Bien sûr de telles solutions sont extrêmement coûteuses et bon nombre de femmes n’en n’ont pas les moyens financiers, il leur reste alors les méthodes alternatives, bien souvent extrêmement dangereuses et pouvant laisser des séquelles. Comme l’usage détourné de certains médicaments à haute dose.

Pourtant l’accès à l’IVG n’a pas toujours était aussi restreint en Pologne. Dans les années 80 le nombre d’avortements était d’environ 130 000 par an. En effet, la république populaire de Pologne (1945-1989) garantissait l’accès à l’IVG de manière libre et gratuite depuis 1956, et depuis 1973, des cours d’éducations sexuels étaient dispensés dans les établissements scolaires (remplacés depuis par des cours de « vie de famille » menés par des prêtres).

On comprend donc que ces politiques réactionnaires contre les femmes, sont indissociables de la contre-révolution capitaliste que connaît le pays depuis plus de 30 ans. La destruction économique qu’à connu le pays, la liquidation des protections sociales garanti par la république populaire, la désorganisation du pays et le passage forcé au capitaliste ont plongés une grande partie des Polonais dans la misère. L’incapacité des différents partis à améliorer réellement le sort de la population a permis au PIS de s’imposer. Cela, en alliant une politique nationaliste et ultra conservatrice à des mesures sociales de surface, très limitées, mais plus favorables que ce que proposent les libéraux du PO (Platforma Obywatelska, plateforme civique).

Cette contre-révolution capitaliste, qui avait été notamment porté par le syndicat Solidarnosc (qui soutient officieusement l’actuel gouvernement PIS) a également ouvert la voie à un retour de la domination de l’Eglise catholique en Pologne. Bien que l’influence de l’Église ait toujours était réelle, la démocratie populaire avait le mérite de contenir ses velléités réactionnaires.

Face à cette régression dramatique des droits des femmes, bon nombre d’entre elles ont compris que seule une mobilisation massive pourrait, comme en 2016, contraindre le gouvernement à intervenir contre la décision du tribunal. De plus, l’ampleur des manifestations, ainsi que la gestion catastrophique de la crise du COVID par le gouvernement, pourraient transformer ces manifestations pour le droit à l’avortement, en manifestation remettant en cause toute la politique gouvernement PIS. À charge pour les organisations progressistes de s’appuyer sur ce mouvement spontané pour défendre la nécessité de bâtir un mouvement populaire majoritaire. Car sans la construction d’un tel mouvement, capable d’articuler les exigences démocratiques et sociales des travailleurs et travailleuses de Pologne, le pays sera incapable de retrouver le chemin du progrès, et l’Église Catholique ainsi que la droite nationaliste continueront de régner en maître.

Yacine

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