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ENTRETIEN – LE SPECTACLE VIVANT, LES NON-ESSENTIELS

Entretien avec Maxime Séchaud

Par Louise Lougrada

Depuis le vendredi 12 mars, le Théâtre du Nord est occupé par les intermittent.e.s du spectacle. Après une manifestation inter-syndicale, les acteurs et actrices de la culture, de la région, ont investi le lieu pour affirmer la nécessité de voir  rouvrir les salles de spectacle, renforçant ainsi la mobilisation amorcée à Paris au théâtre de l’Odéon.

Le milieu du spectacle vivant est l’un des premiers touchés par la crise. Les annulations et reports de spectacles ont commencé avant même le confinement de Mars et le secteur a dû cesser toute activité durant 3 mois. En Avril 2020, E. Macron fait une conférence en présence de 6 artistes pour discuter des mesures à prendre concernant la culture et annonce à l’issue de celle-ci, l’année “blanche” comme possibilité. La proposition des syndicats est vite acceptée : les droits des intermittents seront prolongés pour un an, jusqu’à août 2021. 

En septembre dernier, les théâtres sont ouverts mais les inégalités se creusent : tous les intermittents ne travaillent pas dans les mêmes conditions. Même si quelques compagnies ont pu jouer, cela n’a pu se faire que sur un court laps de temps et les couvre-feux et le confinement ont compliqué encore davantage cette courte réouverture. Qu’en est-il de la situation des intermittent.e.s du spectacle aujourd’hui, presque 1 an après le début de la crise ? Louise Lougrada a rencontré Maxime Séchaud, Metteur en Scène et Comédien au Théâtre de l’Ordinaire , pour en savoir plus.

Quelle est la situation des intermittents du spectacle aujourd’hui, en mars 2021, 1 an après le début de la crise ?

Maxime : Aujourd’hui, malgré le couvre-feu, on a la possibilité de répéter. Mais pour répéter il faut de l’argent. Enfin si tu considères ça comme un métier (rire). Donc il faut de l’argent pour payer les comédien.e.s, technicien.e.s, tout ça… Il y a plusieurs paramètres qui entrent en ligne de compte : Est-ce que ça tombe dans ton calendrier de production ? Peut-être que sur cette période-là, tu avais prévu de tourner 5 mois mais que ta tournée est annulée, du coup tu n’as pas forcément l’argent pour répéter alors que tu as envie. Est-ce que les lieux sont dans la capacité d’accueillir ? Pas forcément parce qu’ il y a beaucoup de gens qui veulent répéter et puis surtout ça concerne principalement le théâtre subventionné. Le théâtre subventionné a cette chance d’avoir des subventions pour répéter en complément de l’argent des ventes de spectacles. C’est avec ce budget global qu’il monte une production. Mais le théâtre privé, en général, c’est-à-dire celui qui fonctionne sans subventions, il ne fonctionne qu’avec la vente de spectacles. Donc, à partir du moment ou depuis mars dernier ils ne peuvent quasiment pas vendre de spectacles, c’est impossible pour eux de répéter. Donc pour tout ce secteur là c’est une catastrophe, pour ceux qui, pour des raisons x ou y, ne sont pas sur une création, c’est une catastrophe. Ça crée des déséquilibres assez forts entre nous et pour beaucoup d’entre nous ça va être très difficile de renouveler en août. 

Alors, il y avait une mesure qui s’adressait à tous les salariés mais qui a été très compliquée pour nous, dans le syndicat, à faire respecter par les employeurs, c’est ce qu’on appelle le chômage partiel. Il y a beaucoup d’employeurs qui n’ont pas joué le jeu pour plein de raisons. Déjà parce que ça a un coût, même s’il est minime, mais à long terme ça peut être une certaine somme. D’autres, par flemme et aussi parce que ça paraissait très lourd administrativement. Beaucoup de gens ont joué sur le vocabulaire entre reporté et annulé. Du coup les gens disent « Le spectacle est reporté du coup c’est pas grave, tu seras payé la prochaine fois. » Toi, du coup, tu ne reçois pas ton salaire donc ça veut pas dire grand-chose. Je donne un exemple concret d’une camarade : elle se retrouve avec 15 dates reportées. Mais ça a été difficile d’estimer quand sera la reprise potentielle, du coup elle s’est retrouvée avec plein de gens qui lui dise  « tu peux jouer en mars 2021 » et elle a dû dire non à des dates en mars puisque tout le monde voulaient jouer à ce moment là. Donc, à la fin tu perds de l’argent. De toute façon, de manière générale, même si on a l’année blanche, même si on prolonge nos indemnités, on a tous une baisse de salaire conséquente. Pour des gens ça va mais pour certains, il suffit qu’il y ait un prêt immobilier, des enfants, etc.  C’est des baisses qui peuvent être entre 200 et 500€ par mois. Parce qu’on entend souvent le message « oui mais vous êtes sauvés vous avez l’année blanche. » Oui mais on a surtout une perte de salaire qui peut aller de 200 à 500€. Moi je défie quiconque qui est salarié en France d’accepter une telle condition. Il faut penser aussi à tous les jeunes qui sortent d’une école et qui ne peuvent pas travailler en fait. Qui ne sont toujours pas intermittents. C’est la merde pour les gens qui n’ont pas encore leur intermittence et ils sont beaucoup. 

À part l’année blanche, qu’est ce qui à été mis en place pour pallier aux manques ?

Maxime : L’année blanche à été mise en place pour les salariés, oui. Après, dans le spectacle vivant, il y a un certain nombre d’aides. Il y a des collectivités qui ont décidé de maintenir leurs subventions, il y a eu des fonds de solidarité qui s’adressaient à tout le monde, que ce soit le privé ou le public. Il y a eu quelques soutiens pour les Cie et pour l’instant ça va à peu près. Maintenant, la crise va se mesurer surtout après. On va faire face à ce qu’on a appelé les « embouteillages ». Là il y a un an de spectacle à recaser, et il y a tout ceux qui avait prévu de jouer sur l’année où on recase, donc maintenant, si tu veux faire un spectacle l’année prochaine, les théâtres te disent « Oui, oui, à partir de 2025 c’est bon ». Tu fais quoi jusqu’à 2025 ? Donc la seule solution que je vois c’est d’ouvrir les théâtres et je ne suis pas sûr que ce soit dans la politique culturelle du moment. 

On a pu voir les intermittents, le SFA-CGT par exemple, être présents aux dernières mobilisations et organiser différentes actions. Qu’est-ce que vous demandez ? 

Maxime : Il y a des mobilisations depuis la fin du premier confinement dans le spectacle et la culture en général. Déjà, on demande une prolongation de l’année blanche parce qu’on est un certain nombre à ne pas pouvoir renouveler en août. On demande aussi une vraie consultation des organisations concernées, qu’on puisse être entendus parce qu’on connaît notre secteur. Il y en a beaucoup qui demandent une réouverture des salles en se basant sur le fait que ça a été prouvé par un certain nombres de scientifiques, moi je n’avance pas ça comme un argument d’autorité parce que j’avoue que je rentre dans un domaine que je ne connais pas mais, il semblerait en tout cas que les salles de spectacles soient plus sûres qu’un train ou certains lieux aujourd’hui ouverts et employés par les usagers. Ça nous a un petit peu fait mal quand on voyait les centres commerciaux bondés alors que nous on était fermés. En plus, on était les premiers, les gens du spectacle, à essayer de respecter tous les gestes. Il faudra des moyens supplémentaires parce que si on doit vivre avec le virus et que l’on doit respecter un certain nombre de gestes barrières, ça demande de l’argent. Si tu dois accompagner le public d’un point A à un point B, il faut mobiliser plus de salariés. Il y a les masques, il y a le gel, il y a moins de public. Sur une date ça paraît minime mais quand tu multiplies à un an, si on veut survivre il va falloir réfléchir à une vraie politique culturelle et à des augmentations de budget. 

Occupation du Théâtre du Nord par les intermittent.e.s du spectacle

Est-ce que tu penses que tous ces problèmes sont uniquement dûs à la crise où ont été révélés par celle-ci ?

Maxime : Il ne faut pas qu’on l’oublie effectivement, avant le Covid on était déjà un certain nombre à se battre pour la retraite, pour l’assurance chômage, parce qu’ils étaient en train de la réformer. Alors, ça ne touchait pas encore nos annexes, ça touchait le régime général mais on ne peut pas dissocier nos annexes avec le régime général. On est un régime et pas un statut, donc c’est une indemnité particulière, on est dans un système de solidarité inter-professionnelle, on ne peut pas dissocier les intermittents des autres salariés ce n’est pas possible. Donc, les inégalités, les problèmes de politique culturelle et un gouvernement libéral qui nous en fait voir de toutes les couleurs ça c’était déjà avant le Covid. C’est sûr que sous le capitalisme exacerbé, comme dans tous les autres secteurs, les difficultés se sont amplifiées fois 10 avec la crise. Avec en plus, pour les militants, cette chose compliquée où pour communiquer avec les gens c’est beaucoup plus difficile. Déjà que nous on est un secteur où on ne travaille pas forcément régulièrement dans la même boîte ce qui fait que c’est pas simple pour s’organiser parce qu’on est déjà un petit peu des électrons libres. Là c’est encore pire. Il y a des petits sursauts parce que les gens se réveillent sur certains moments mais ça reste difficile. 

Et au niveau de ta compagnie, le Théâtre de l’Ordinaire, comment cet impact s’est fait ressentir ? Vous avez dû reporter des projets ?

Maxime : J’ai mal choisi mon timing parce qu’en Mars 2020 on devait faire un projet international de 3 mois. Du coup on l’a reporté. On s’est dit qu’on allait être sage et qu’on allait le reporter à janvier. Nous sommes bientôt en Mars 2021 et je suis toujours là. On a reporté deux fois un projet de 3 mois donc ça fait déjà 6 mois (de travail) qui disparaissent. Et on n’est pas passé entre les mailles du filet, on devait faire un festival en septembre et la préfecture du Pas-de-Calais a refusé. On devait faire une fête associative qui impliquait beaucoup d’amateurs en octobre et ils n’ont pas eu l’autorisation non plus. Il y a un certain nombre d’ateliers qui n’ont pas pu se faire notamment dans les écoles. Nous on travaille beaucoup avec les gens dont ce n’est pas le métier, au contact des habitants, chez les gens…Tout ça, ça a disparu. Donc on bosse beaucoup en visio pour préparer des projets en espérant qu’on pourra reprendre. Économiquement pour l’instant on tient, on a payé tout le monde au chômage partiel quand il fallait, on a demandé les aides nécessaires, donc c’est un peu compliqué mais ça va, mais ça ne durera pas. Là, on mise un peu tous nos espoirs sur le printemps-été. Mais si ça doit encore s’annuler je ne sais pas trop au niveau individuel… C’est quand même la première fois de ma vie que je n’ai pas fait de théâtre pendant 1 an. J’ai fait 2 jours. On m’a demandé de venir répéter à l’Oiseau-Mouche j’ai fait une journée et j’ai fait 4 heures avec des amateurs et le lendemain le projet était annulé…

Tu peux m’en dire plus sur le projet de cet été ?

Maxime : Oui ! Maintenant le Théâtre de l’Ordinaire a un lieu, une grange en milieu rural et pour plein de raisons ce qui est compliqué dans la politique culturelle actuelle c’est que l’on dépend beaucoup des programmateurs et des lieux de diffusion qui ne sont pas toujours faciles d’accès. Avec, quand tu tournes, des dates qui peuvent être très éparpillées, c’est toujours un casse-tête parce qu’on a peu de permanents et faut à chaque fois remobiliser l’équipe, ça demande beaucoup de temps pour 1 ou 2 dates et j’avais envie de sortir de ça. Du coup, on a décidé de jouer à domicile, de faire des longues séries et de faire en sorte que les gens viennent nous voir. La grange sera occupée tout l’été et il y aura des spectacles, des concerts et autres festivités selon ce qu’on aura le droit de faire ou non. On monte deux textes : L’état de siège d’Albert Camus en juillet avec des comédien.ne.s pro et des amateurs. Ça parle d’une ville en pleine pandémie qui se retrouve confinée avec des règles de plus en plus absurdes, et qui tend tout doucement vers une dictature autoritaire. Voilà. Ça peut inspirer sur l’actualité ou pas. Et l’autre c’est On ne paie plus, on ne paie plus ! une pièce de Dario Fo qu’on monte en août. C’est une farce politique ou un vaudeville populaire, je dirais. Parce que le vaudeville c’est le théâtre bourgeois qui se passe souvent dans un salon parisien. Là on retrouve ça mais on est dans une cuisine de prolétaire. C’est l’histoire d’une militante qui galère et qui, contre la montée des prix, décide, avec des camarades, de piller le supermarché. Avec comme questions de fond, qu’est ce qui est légal ? Qui sont les voleurs ? et sur la respectabilité ou pas d’un mouvement social. Je trouvais que ça parlait vachement de ce qu’on a pu vivre avec les gilets jaunes par exemple. Le tout sur fond de comédie. L’idée c’était que les deux pièces soient relativement politiques mais aussi festives parce qu’on a besoin de souffler un peu. 

Entretien réalisé par Louise Lougrada,

La Semaine du Feminisme des Jeunes Communistes du Nord

Chaque année les Jeunes Communistes organisent une semaine du féminisme autour du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, afin de lutter contre le patriarcat.

Fléau accentué par le capitalisme, il nous est inadmissible de lutter contre ce dernier en oubliant la lutte pour les droits des femmes. Ainsi, nous vous proposons cette semaine un podcast par jour sur une femme qui a lutté contre le patriarcat ou un podcast sur l’histoire d’une lutte. Vous aurez également la possibilité d’assister à des conférences/discussions sur différents thèmes, le soir à 19h en Facebook live.

Le programme est disponible ci-dessous ! Bonne semaine

Lille : Nouvelle marche des libertés ce samedi

Après d’extraordinaires mobilisations contre le Loi de Sécurité Globale, la majorité recule. Le passage
de la proposition dans sa forme actuelle est bloquée. L’Article 24 de cette loi liberticide sera réécrit.

Les forces progressistes n’ont pas dit leur dernier mot, pour la liberté, la Loi de Sécurité globale ne doit pas passer !

Communistes, syndicalistes, écolos, gilets jaunes, insoumis, anarchistes… Tous se sont donné rendez-vous ce samedi 16 janvier, à 14h Porte de Paris pour continuer à crier leur indignation face au projet de loi liberticide. On vous explique pourquoi en détail dans cet article :

Le texte de loi de sécurité globale contient 32 articles. L’objectif du 24 est notoire : l’interdiction de filmer les policiers et les gendarmes lors de leurs interventions. Il punit de 45 000 euros et d’un an emprisonnement la diffusion d’image du visage d’un policier.
Cette article 24 est porté en particulier par le député LREM Jean Michel Fauvergue, ancien patron du Raid. Ce qui est visé, c’est d’interdire de filmer et d’informer la population des violences policières.
Cette loi policière consacre l’impunité des forces de l’ordre à faire usage de la force. La bavure devenant une méthode à part entière. Filmer la police dans l’exercice de ses fonctions ou lors d’une interpellation est un droit. C’est le contrôle citoyen sur les affaires publiques. La police ne peut être une milice invisible, agissant en toute impunité et protégée par le droit.
La bavure n’existe plus si elle n’est pas filmée. Pensant ne pas être filmé, les forces de police se sentent toute puissante. Ce fut le cas pour Michel Zecler. Ce producteur de musique a subi un véritable passage à tabac, frappé au visage pendant 15 longues minutes, qu’une caméra de surveillance a pu filmer. Sans cette caméra, l’affaire aurait été classé sans suite. Les policiers arguant qu’ils ont été attaqué et se protégeant les uns les autres. Rappelons que pendant les gilets jaunes, les 227 procédures ouvertes par l’IGPN, police des polices n’ont abouti sur aucune condamnation.

Le LBD et ses munitions sont des armes de catégorie A2. Cette arme est considérée comme arme de guerre. Pendant les gilets jaunes, de novembre 2018 à mars 2019, plus de 13 000 tirs de LBD ont été recensés. Plus de 13 000 fois la police a utilisé des armes de guerres contre la population. Sur l’année 2018 : 20 000 tirs ont été effectué. Des hausses de 203% par rapport à 2017.
L’Etat utilise la force et ce de plus en plus. Par peur de subir des coups, de perdre un œil, certains n’osent plus manifester. La preuve par l’image étant essentielle, cet article renforce le pouvoir de la police et impacte le droit de manifester.

Rappelons que le droit de manifester est inscrit à l’article 20 de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Ce droit est inaliénable et supérieur au droit constitutionnel.
Il est illégal pour la police d’empêcher quiconque de filmer une manifestation ou de lui confisquer son matériel.
Par ailleurs selon le droit international, une manifestation n’a pas besoin d’être
autorisée pour être légale. La France est une particularité internationale. La loi française joue sur les mots, une manifestation se doit d’être déclaré en préfecture. Et Darmanin voudrait à présent que les journalistes préviennent les préfets qu’il s’apprête à exercer
leur droit à l’information. Cet article veut empêcher que l’on puisse dévoiler les violences policières. La police est le bras armé de l’Etat, organisation spéciale de répression de la bourgeoisie. Protégée par la loi pour réprimer les travailleurs.

Militants du MJCF lors de la dernière Marche des libertés

Aux cotés du MJCF et du PCF, en soutient aux journalistes, en soutient aux victimes de la brutalité
guerrière de la police, la mobilisation doit continuer.

Rendez-vous ce samedi à 14h Porte de Paris !

Attaquer les droits des polonaises c’est attaquer les droits de toutes

Le jeudi 16 octobre, le tribunal constitutionnel Polonais a rendu un arrêt jugeant inconstitutionnel l’avortement dans le cas d’une « malformation grave et irréversible » du fœtus ou d’une « maladie incurable ou potentiellement mortelle ». En réaction de grandes manifestations sous le mot d’ordre de « Strajk Kobiet », ce qui signifie grève des femmes, ont débuté dans tout le pays. Ces manifestations ont été particulièrement massives dans les grandes villes comme Varsovie (jusqu’à 100 000 manifestants) ou Gdańsk.

 Depuis 1993, l’IVG n’était permise que dans 3 cas : grave malformation du fœtus, grossesse résultant d’un viol ou en cas de risque pour la santé de la femme enceinte. Or, sur les 1100 avortements légaux recensés en Pologne en 2018, 98 % concernaient la malformation du fœtus. Cette nouvelle décision, si elle était entérinée, signifierait l’abolition de fait de tout droit à l’avortement en Pologne.

Cette décision fait suite à la mobilisation des pans réactionnaires de la société polonaise, notamment incarné par les lobbys anti-IVG et par le parti au pouvoir, le PIS (Prawo i Sprawiedliwość, Droit et Justice). Parti de la droite nationaliste au pouvoir depuis 2015. Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative d’abolir totalement le droit à l’IVG. En 2016, suite à une pétition de 500 000 signatures demandant la suppression de toute exemption à l’interdiction d’avorter, une loi abrogeant toute exception à l’interdiction d’avorter, était passée en première instance. Mais face à la mobilisation massive des polonaises à travers tout le pays, notamment avec une manifestation ayant réunis plus de 100 000 personnes, le PIS avait fait volte-face et la loi avait été rejeté.

A côté du millier d’avortements légaux, pratiqués chaque année en Pologne, les associations féministes et le planning familial estiment entre 150 000 et 200 000 le nombre d’avortements clandestins pratiqués chaque année. Cela, soit en allant dans des cliniques étrangères pratiquant l’IVG, soit en ayant recours aux pilules abortives souvent sur le marché noir. Bien sûr de telles solutions sont extrêmement coûteuses et bon nombre de femmes n’en n’ont pas les moyens financiers, il leur reste alors les méthodes alternatives, bien souvent extrêmement dangereuses et pouvant laisser des séquelles. Comme l’usage détourné de certains médicaments à haute dose.

Pourtant l’accès à l’IVG n’a pas toujours était aussi restreint en Pologne. Dans les années 80 le nombre d’avortements était d’environ 130 000 par an. En effet, la république populaire de Pologne (1945-1989) garantissait l’accès à l’IVG de manière libre et gratuite depuis 1956, et depuis 1973, des cours d’éducations sexuels étaient dispensés dans les établissements scolaires (remplacés depuis par des cours de « vie de famille » menés par des prêtres).

On comprend donc que ces politiques réactionnaires contre les femmes, sont indissociables de la contre-révolution capitaliste que connaît le pays depuis plus de 30 ans. La destruction économique qu’à connu le pays, la liquidation des protections sociales garanti par la république populaire, la désorganisation du pays et le passage forcé au capitaliste ont plongés une grande partie des Polonais dans la misère. L’incapacité des différents partis à améliorer réellement le sort de la population a permis au PIS de s’imposer. Cela, en alliant une politique nationaliste et ultra conservatrice à des mesures sociales de surface, très limitées, mais plus favorables que ce que proposent les libéraux du PO (Platforma Obywatelska, plateforme civique).

Cette contre-révolution capitaliste, qui avait été notamment porté par le syndicat Solidarnosc (qui soutient officieusement l’actuel gouvernement PIS) a également ouvert la voie à un retour de la domination de l’Eglise catholique en Pologne. Bien que l’influence de l’Église ait toujours était réelle, la démocratie populaire avait le mérite de contenir ses velléités réactionnaires.

Face à cette régression dramatique des droits des femmes, bon nombre d’entre elles ont compris que seule une mobilisation massive pourrait, comme en 2016, contraindre le gouvernement à intervenir contre la décision du tribunal. De plus, l’ampleur des manifestations, ainsi que la gestion catastrophique de la crise du COVID par le gouvernement, pourraient transformer ces manifestations pour le droit à l’avortement, en manifestation remettant en cause toute la politique gouvernement PIS. À charge pour les organisations progressistes de s’appuyer sur ce mouvement spontané pour défendre la nécessité de bâtir un mouvement populaire majoritaire. Car sans la construction d’un tel mouvement, capable d’articuler les exigences démocratiques et sociales des travailleurs et travailleuses de Pologne, le pays sera incapable de retrouver le chemin du progrès, et l’Église Catholique ainsi que la droite nationaliste continueront de régner en maître.

Yacine